Balades 10 : Napoléon, parfums et rituels (20 mai 2016)

Bonjour à tous et bienvenue sur mon podcast « Balades ». Nous sommes le 20 mai et aujourd’hui nous allons faire un peu de route ensemble. D’abord je vous expliquerai comment vous pouvez obtenir très facilement un tarif de groupe lors d’une visite même si au début vous n’êtes que deux personnes. Pour cela, je vous emmène en Provence. Nous resterons dans le sud pour la suite où nous irons dans une parfumerie à Grasse. Finalement, je vous parlerai d’un rituel [1], une habitude, que j’aime répéter deux fois par an : une balade à Mulhouse.

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« Hé, vous ! Vous faites partie du groupe, hein ? » Je remarque un homme qui semble me parler, mais je ne vois pas ce qu’il veut dire. Nous sommes seuls, mon mari et moi. Nous ne sommes pas dans un groupe, nous voulons juste visiter le village des bories [2] près de Gordes en Provence. « Oui, vous. Si, si, vous êtes dans notre groupe, et eux aussi. » Il montre un autre couple qui semble aussi un peu perdu. C’est là que je comprends où il veut en venir. Nous nous trouvons devant l’entrée de ce village avec des habitations de pierres posées les unes sur les autres. C’est une des attractions touristiques de la région. L’homme qui m’a parlé est avec cinq autres personnes. Et maintenant il cherche quatre personnes pour constituer [3] un groupe. En effet, l’entrée du village est moins chère en groupe. Et la taille minimale d’un groupe est de dix personnes. Je doute que la caissière nous laisse passer et accepte de nous vendre une entrée pour groupe. Mais non, elle veut juste savoir qui est le chef du groupe. Nous sommes tous d’accord pour dire que c’est le monsieur qui nous a fait entrer dans le groupe. D’ailleurs, c’est un petit marrant [4]. Une fois à l’intérieur du village, il fait semblant de prendre son rôle de chef très au sérieux. Il commence donc à raconter un peu n’importe quoi sur les constructions qui se trouvent tout autour de nous. « Venez, suivez-moi. Je vais tout vous expliquer sur les bories. Alors, sur votre droite, vous pouvez voir une très belle construction, très vieille. Je ne sais pas quand elle a été construite et à quoi elle servait. C’est égal. Ça ressemble en tout cas à un igloo en pierre. » Comme il est vraiment drôle nous continuons tous la visite ensemble. Et vers la fin du tour, il nous dit en rigolant : « N’oubliez pas le guide ! ». Après une visite réussie, il est usage de donner un peu d’argent au guide, s’il a bien fait son travail. Notre guide à nous l’aurait bien mérité [5].
Ce village de bories se trouve près de Gordes dans le Luberon. Il y a plusieurs années, mon mari et moi avions décidé de ne pas rentrer de la Côte d’Azur en Suisse par le chemin le plus court, mais de passer par la Provence et d’éviter [6] le plus possible les autoroutes. Nous avions choisi de suivre la route Napoléon. Cette route porte le nom de l’empereur [7] parce que Napoléon est passé par là en 1815. Il avait quitté l’île d’Elbe, où on l’avait exilé, pour revenir à Paris et reprendre le pouvoir. Ce qu’il a réussi à faire. Mais après 100 jours de règne [8] et la défaite [9] de Waterloo, Napoléon a été définitivement exilé sur l’île de Sainte-Hélène dans l’Atlantique.
Nous avons donc pris la route Napoléon à partir de Cannes et sommes passés par Grasse jusqu’à Castellane avant de quitter cette route et prendre la direction des Gorges du Verdon. On l’appelle aussi le Grand Canyon du Verdon parce qu’il fait jusqu’à 700 mètres de haut et est l’un des canyons parmi les plus profonds et les plus beaux d’Europe. On peut y faire des randonnées [10] ou des promenades en kayak. Ensuite, il y a le Luberon, cette magnifique région avec ses champs de lavande. Et après la petite ville de Manosque, se trouve le village de Gordes où nous avons donc visité le fameux village des bories.
La prochaine fois que vous visiterez un site en France, essayez de former un groupe. Vous pouvez économiser un peu d’argent et surtout vous êtes obligés de parler ce qui est un excellent exercice de langue !

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Rose, lavande, mimosa, jasmin, muguet… Si vous aussi adorez le parfum des fleurs, alors vous devez absolument visiter la petite ville de Grasse, la capitale [11] du parfum, dans l’arrière-pays de Cannes. Vous avez peut-être lu le roman Le Parfum de Patrick Süskind. Alors vous avez sûrement entendu parler de cette ville. Bien sûr, vous pouvez prendre la voiture pour y aller, mais si vous n’aimez pas trop rouler sur des routes avec beaucoup de virages, il y a aussi 20160520 F fragonarddes compagnies de cars qui vous mènent à la ville et naturellement le train. C’est ce que nous avons fait, ma famille et moi, l’été dernier.
Arrivés à la gare de Grasse, nous sommes montés dans un petit bus qui fait la navette [12] entre la gare et le centre-ville où se trouve la parfumerie Fragonard que nous voulions visiter. En effet, j’avais réservé pour ma fille et moi un atelier [13] « apprenti [14] parfumeur » où nous avons eu l’occasion de personnaliser notre propre eau de cologne [15]. Pendant que mon mari et mon fils visitaient l’usine avec un tour guidé, ma fille et moi avons joint notre petit groupe d’une dizaine de personnes. La dame qui animait cet atelier était une professionnelle de la parfumerie, un « nez », chez Fragonard. Les « nez » connaissent d’innombrables odeurs et savent les assembler pour créer un nouveau parfum. Après un peu de théorie sur les différentes méthodes d’extraction [16] des parfums, nous avons pu attaquer notre propre eau de cologne. D’abord, nous avons mélangé ce que j’appellerais la base. Pour cela nous avions trois essences : orange, citron et bergamote [17]. Alors que ma base contenait surtout des essences de citron et de bergamote, et très peu d’orange, ma fille a choisi une base très fruitée avec beaucoup d’orange. Une fois la base mélangée, chacun a pu personnaliser son eau avec six essences : lavande, mandarine, romarin [18], verveine [19], petit-grain et néroli [20]. Comme les grands parfumeurs, nous avions des bandes de carton pour plonger dans les bouteilles et sentir les essences, des pipettes [21] de différentes tailles et naturellement notre flacon personnel qui allait contenir notre mélange final. Nous nous sommes donc amusées à créer notre eau de cologne. Et nous avons été toutes les deux très satisfaites du résultat. Je dirais que mon eau de cologne est plutôt classique, alors que celle de ma fille sent surtout l’orange et la mandarine.
Après cet atelier, nous aussi avons pu participer à un tour guidé de l’usine avant de retrouver mon mari et mon fils qui avaient visité entre-temps la vieille ville, qui vaut également le détour.

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Avez-vous aussi des rituels ? Certaines choses que vous faites toujours de la même manière sans réfléchir, et surtout sans vouloir changer ? Moi, par exemple, je vais deux fois par an à Mulhouse, au printemps et à l’automne. Et cette petite excursion se déroule toujours de la même façon. J’y vais avec mes enfants, parce que je choisis à chaque fois un jour férié ou les vacances, et en général, ma mère se joint aussi à nous. Nous partons donc tous les quatre vers neuf heures pour arriver à Mulhouse un peu après dix heures. Après avoir garé la voiture, nous allons dans une boulangerie pour prendre un café ou un chocolat chaud avec un pain au chocolat ou un croissant. Eh oui, après le voyage, il faut reprendre des forces. Puis, nous passons chez le marchand de journaux pour acheter des magazines. Il est très important que mes enfants aient leurs magazines, comme ça, ma mère et moi pouvons regarder tranquillement ce qu’il y a dans les magasins pendant qu’ils sont occupés. À midi, nous déjeunons toujours dans la même crêperie. Alors que mon fils a choisi la dernière fois la crêpe « canadienne royale » avec de la glace à la vanille, du sirop d’érable et beaucoup de crème chantilly, nous avons pris la « complète » avec un œuf au plat, du lard et du fromage. Et comme boisson pour les adultes, il y a du cidre. Après le repas, nous continuons encore un peu notre balade dans les magasins avant de rentrer tranquillement en Suisse. En fait, ce que nous apprécions particulièrement, c’est d’aller dans les enseignes [22] qui n’existent pas en Suisse. Les femmes, c’est comme ça, elles aiment bien porter quelque chose qu’elles ne verront sur personne d’autre, quelque chose d’exclusif. Ce n’est pas du tout une question de prix mais plutôt d’originalité. Mais même si nous ne trouvons rien, ce n’est pas grave. Nous avons passé une journée bien sympathique ensemble.

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Notre émission d’aujourd’hui touche à sa fin. J’espère vous retrouver tous le 3 juin sur www.podclub.ch ou sur notre appli. Alors, je vous emmènerai dans une ancienne caserne et vous saurez pourquoi une rue dans une commune près de Paris s’appelle rue de Zurich. D’ici là, n’oubliez pas de travailler votre lexique avec la fonction vocabulaire sur notre application. Je vous fais la bise et vous dis à bientôt pour une nouvelle balade !


[1] (le) rituel : une tradition, une habitude
[2] (la) borie : construction traditionnelle de pierres posées les unes sur les autres
[3] constituer : former
[4] (le) marrant : quelqu’un qui est drôle, amusant
[5] mériter : être en droit, être digne ou risquer de recevoir quelque chose
[6] éviter : ne pas faire quelque chose ou passer à côté de quelque chose
[7] (l(e)) empereur : titre donné au chef d’un empire
[8] (le) règne : gouvernement d’un roi ou d’un empereur
[9] (la) défaite : contraire de la victoire
[10] (la) randonnée: marche plus ou moins longue et sportive
[11] (la) capitale : ville principale
[12] (la) navette : véhicule qui entreprend de courts trajets répétitifs
[13] (l(e)) atelier : cours, petit stage
[14] (l(e)) apprenti : personne qui apprend un métier
[15] (l(a)) eau de cologne : eau de toilette dont l’inventeur était établi dans la ville de Cologne en Allemagne
[16] (l(a)) extraction : action de sortir quelqu’un ou quelque chose
[17] (la) bergamote : fruit qui ressemble à un citron
[18] (le) romarin : plante aromatique à fleurs bleues utilisée en cuisine et parfumerie
[19] (la) verveine : herbe utilisée en parfumerie et pour des tisanes qui favorisent la digestion
[20] (le) petit-grain, (le) néroli : essences extraites de différents orangers
[21] (la) pipette : sorte de tube en verre pour extraire un peu de liquide
[22] (l(a)) enseigne : la marque