Balades 11 : Police, gardes suisses et pique-nique (3 juin 2016)

Bonjour à tous et bienvenue sur mon podcast « Balades » de ce 3 juin. Dans les deux premières histoires d’aujourd’hui, il est question à un moment ou un autre d’uniformes. Alors que ma première histoire, une aventure pas possible, s’est passée il y a quelques jours à Zurich, la deuxième nous mènera dans la région parisienne.
Pour ma troisième histoire, je vous raconterai comment se déroulaient [1] nos pique-niques en famille.

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Il y a quelques jours, j’étais devant ma classe. Ma leçon venait de commencer et j’étais en train de corriger avec eux les devoirs que mes étudiants avaient faits. Pendant mes explications sur l’emploi du passé composé et de l’imparfait, quelques retardataires [2] rentrent et prennent place. C’est alors que je vois qu’ils ont été suivis par un jeune homme avec une guitare sur l’épaule et un skateboard à la main. Il semble un peu perdu dans la salle de classe. Je suis assez surprise de voir cet inconnu. Mais je pense que c’est peut-être un futur étudiant qui vient visiter notre école. Cela arrive de temps en temps, mais en général, les profs sont informés de ces visites. Je lui demande donc qui il est et ce qu’il vient faire. Il regarde autour de lui et dit simplement qu’il est venu apprendre le français. Même si je suis ravie de voir qu’il s’intéresse à mes cours, sa réponse me paraît étrange. En effet, nous ne sommes pas une école de langue mais une école de tourisme. Mes étudiants sont donc formés aux métiers du tourisme, et c’est aussi leur principale motivation. Je trouve donc ce jeune homme de plus en plus bizarre. Mais comme je ne veux pas perdre encore plus de temps, je lui dis de s’asseoir au fond de la classe. Je règlerai la question à la récréation. Le jeune homme met du temps à s’asseoir et mes étudiants l’observent d’un air amusé et intrigué [3].
Je continue mon cours quand tout à coup, le jeune homme se lève et commence à jouer de la guitare. Tous mes étudiants éclatent de rire pendant que moi, je me demande si quelqu’un est en train de me faire une blague. Je sors de la salle, vais au secrétariat, qui est juste à côté, et dit à la secrétaire : « Sandra, il y a un type qui joue de la guitare dans ma classe. » Elle me regarde toute surprise et me suit. Effectivement, il est là, au milieu de la salle et joue de la guitare. Sandra n’en revient pas, tout comme moi, et me demande si elle doit appeler la police. « Non, ça ira. Je vais essayer de me débarrasser [4] de ce type toute seule. » Elle retourne dans son bureau et moi dans ma classe. Là, les premiers étudiants commencent à râler [5] et dire au jeune homme de partir. « Ça suffit, tu sors ! Nous sommes là pour apprendre ! » Moi aussi, je lui dis de sortir, mais le jeune homme reprend place à sa table et semble ne pas nous voir quand nous lui parlons. Un étudiant prend la guitare et le skateboard et dépose le tout devant la porte. Mais cela ne sert à rien. Il ne réagit pas du tout à ce que nous lui disons. Ah, si seulement le directeur de l’école était là, mais justement aujourd’hui, il a un rendez-vous et ne doit retourner à l’école que dans l’après-midi. Comme le jeune homme est de nouveau calme, je continue quand-même ma leçon.
Tout se passe bien pendant quelques minutes jusqu’à ce que le type commence à poser des questions sur des thèmes qui n’ont rien à voir avec ma leçon. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase [6]. Je ressors de la salle de classe et je vais voir Sandra au secrétariat : « Sandra, ça ne va plus du tout. S’il te plaît, appelle la police. J’en ai marre [7] de ce type. » Je retourne voir mes étudiants et leur fait un petit signe pour leur faire comprendre que la police arrive. Comme par hasard, le jeune homme est assis tout calme à sa place. J’essaye de me concentrer et de continuer le cours. Heureusement, au bout de quelques minutes, j’entends la porte d’entrée s’ouvrir et je vois des personnes en uniforme. Je pousse un grand « ouf » de soulagement [8], et mes étudiants aussi. C’est à croire que le jeune homme s’est rendu compte de quelque chose. En tout cas, c’est à ce moment-là qu’il se lève et sort de ma salle de classe de lui-même.
Quelques instants plus tard, Sandra vient nous voir pour nous raconter la suite de l’histoire : « Quand les policiers sont entrés, le type est venu vers eux et un des agents de police l’a salué par son nom. Ils le connaissaient. Apparemment, ce jeune homme habite dans le quartier. Il n’est pas dangereux. Il a simplement des jours où il va mieux que d’autres. Et aujourd’hui, c’est un jour où il ne va pas très bien. »
Après toutes ces années passées à enseigner le français, je dois dire que c’est bien la première fois que je me vois obligée d’appeler la police pour me débarrasser de quelqu’un qui squatte [9] mon cours.
Vous êtes-il aussi arrivé une aventure lors d’un cours de français ou d’une autre matière ? Je serais vraiment ravie de lire vos histoires dans les commentaires.

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Tout près de Paris se trouve la commune de Rueil-Malmaison. Aujourd’hui, je ne vais pas vous parler du château de Malmaison qui a appartenu à Napoléon Bonaparte, mais du fait que Rueil est peut-être la commune française la plus suisse.
Tout commence en 1515 après la bataille de Marignan que les Suisses perdent contre les Français. Je ne vous raconte pas tous les détails de l’histoire, mais une des conséquences de cette bataille a été que seuls le roi de France et le Pape avaient le droit d’entretenir une garde [10] suisse. Cette troupe d’élite qui protégeait le roi, avait une excellente réputation. Lors de la Révolution, presque la totalité de la garde suisse s’est fait massacrer [11] en 1792 au palais des Tuileries. Quelques survivants de la Révolution entreront plus tard au service de Napoléon. Le régiment sera définitivement supprimé [12] en 1830. Mais des anciens de la garde suisse entreront peu de temps après dans la Légion étrangère qui venait d’être créée.
Mais alors, pourquoi Rueil ? Dans cette commune se trouve la dernière caserne des gardes suisses devenue aujourd’hui un musée que vous 20160603 F rue de zurichpouvez visiter sur rendez-vous. Il y avait deux autres casernes, mais elles ont été détruites. A l’origine, les Suisses logeaient [13] chez l’habitant. Ils étaient donc au contact des Français, et aussi des Françaises. Vous vous doutez bien qu’il y a eu des mariages entre Suisses et Françaises. Aujourd’hui encore des habitants de Rueil et des environs portent des noms d’origine suisse-allemande. Quelquefois, on ne reconnaît pas tout de suite leur origine parce qu’ils ont été francisés ou carrément traduits en français. Ainsi, monsieur Hase ou Haas est devenu monsieur Lièvre, Buchs a été transformé en Boux, Bachmann en Pacquement et Schneider en Chenidre, pour n’en citer que quelques-uns.
Finalement, il y a encore une autre trace [14] de cette présence suisse à Rueil. Vous avez par exemple une rue qui s’appelle rue de Zurich.
Vous voyez maintenant pourquoi j’ai dit que Rueil était peut-être la commune la plus suisse de France.

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L’été approche et pour moi, été est synonyme de pique-nique. Quand je passais mes vacances chez mes grands-parents, nous faisions toujours un pique-nique en Normandie. Au menu, il y avait par exemple du melon en entrée suivi d’un poulet froid avec de la salade de riz. Pour le dessert, soit nous allions dans un restaurant en fin d’après-midi ou alors nous passions dans une pâtisserie. Mmmh, les éclairs [15] au chocolat et les meringues [16] géantes. Si vous croyez que nous emportions toutes ces bonnes choses dans un sac à dos et que nous nous installions par terre sur une couverture après une longue randonnée, vous vous trompez. Nos pique-niques ressemblaient plutôt à de vraies expéditions bien organisées. Comme nous étions nombreux, nous prenions au moins deux voitures dans lesquelles nous mettions la grande table, les chaises de camping, les assiettes, les verres, les couverts et bien sûr la glacière [17] avec le poulet et la salade. Nous choisissions un bel endroit ombragé [18] et y installions tout le matériel. Ah j’oubliais, il y avait aussi Chicco, le chien de mes grands-parents, qui bien entendu nous accompagnait.
Mon oncle possédait une Renault 4, on appelle ce modèle aussi 4L. Et quand on ouvrait le coffre de la 4L, on pouvait s’asseoir confortablement sur le plancher [19] du coffre. Ma sœur et moi adorions faire cela. Il y avait aussi autre chose que nous aimions faire. Le trajet de la maison de mes grands-parents en région parisienne jusqu’en Normandie nous paraissait un peu long. Ma sœur et moi, nous nous amusions donc à saluer, à faire coucou, à tous les passants dans les petits villages que nous traversions ou aux conducteurs des voitures et camions que nous doublions [20]. Et pour notre plus grand plaisir, les gens nous répondaient et nous saluaient avec de grands gestes amicaux ou alors, ils faisaient des appels de phare [21].
Après le déjeuner dans la nature, nous terminions cette journée toujours par la visite d’un site touristique : abbaye, château, musée. Il y a le choix en Normandie. Ou alors nous allions faire une partie de mini-golf. Inutile de vous dire, que ma sœur et moi, nous nous endormions pendant le trajet de retour.

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J’espère que vous, par contre, vous ne vous êtes pas endormis, mais que vous êtes toujours en pleine forme. Je vous retrouverai le 17 juin sur www.podclub.ch ou sur notre appli pour une nouvelle balade qui nous mènera cette fois-ci en Camargue avec ses chevaux, ses taureaux [22] et bien d’autres animaux. D’ici là, n’oubliez pas de travailler votre lexique avec la fonction vocabulaire sur notre application. Je vous fais la bise et vous dis à bientôt pour une nouvelle balade !


[1] se dérouler : se passer
[2] (le) retardataire: personne qui arrive en retard
[3] intrigué(e) : curieux, intéressé
[4] se débarrasser : se défaire, se libérer
[5] râler : se plaindre, manifester son mécontentement
[6] c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase : expression qui désigne une situation qui a dépassé les bornes, les limites
[7] j’en ai marre : (familier) j’en ai assez
[8] (le) soulagement : impression que l’on ressent quand un problème, une difficulté disparaît
[9] squatter : occuper en général un logement sans droit
[10] (la) garde : formation ou régiment militaire qui assure le service de sécurité
[11] massacrer : tuer de façon brutale et en masse
[12] supprimer : enlever, arrêter, faire disparaître
[13] loger: habiter
[14] (la) trace : marque
[15] (l(e)) éclair : pâtisserie en forme de doigt fourrée d’une crème
[16] (la) meringue : pâtisserie à base de blancs d’œufs et de sucre
[17] (la) glacière : sac ou coffre refroidi par de la glace pour conserver des aliments
[18] ombragé(e) : protégé par de l’ombre
[19] (le) plancher : sol
[20] doubler : passer devant un véhicule, dépasser
[21] (le) phare : projecteur de lumière à l’avant d’un véhicule
[22] (le) taureau : mâle de la vache