L’avis de Marie 143 : 8 mai, Voltaire et Clara (8 mai 2015)

Bonjour, « Les sanglots [1] longs des violons de l’automne blessent [2] mon cœur d’une langueur monotone. » Je répète : « Les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon cœur d’une langueur [3] monotone.» Oui c’est moi, Marie, et vous êtes bien sur le podcast «  L'avis de Marie », et nous sommes bien le 8 mai 2015. Mais si je vous récite ces vers du poète Verlaine, c’est parce qu’ils ont été prononcés à la BBC le 5 juin 1944, pour annoncer, en message codé, le débarquement [4] des troupes alliées en Normandie, et ce débarquement a, je pense, contribué à la fin de la deuxième guerre mondiale, à la capitulation de l’Allemagne nazie le 8 mai 1945, il y a 70 ans. Après le 8 mai, j’avais envie de vous parler de Voltaire et puis nous retrouverons Clara en voyage.

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Le 8 mai 1945 à 15 heures toutes les églises sonnent officiellement la fin de la guerre tandis que le général De Gaulle en fait l’annonce radiophonique. L’année suivante et d’ailleurs jusqu’à dans les années 1950, la question s’est posée de savoir s’il fallait instaurer une journée commémorative [5] pour le 8 mai et une autre pour le 11 novembre, date de la fin de la grande Guerre de 14-18, ou s’il fallait les célébrer [6] ensemble. Il faut savoir que jusqu’à dans les années 50, les commémorations de la première guerre mondiale ont toujours été plus importantes ... A partir de 1946, il est décidé que la victoire sera célébrée le 8 mai de chaque année si ce jour est un dimanche et, dans le cas contraire, le dimanche suivant. Or la commémoration poussée au dimanche suivant tombe le jour de la commémoration de Jeanne d’Arc, celle qui, en 1429, avait chassé les Anglais d’Orléans. Deux commémorations le même jour, cela n’est pas possible. L’une où on chasse les Anglais, l’autre où ces mêmes Anglais ont été nos alliés, ont combattu à nos côtés ! Les associations de résistants [7] et de déportés exigent que soit célébrée la victoire à son jour anniversaire, c’est-à-dire le 8 mai. La loi du 20 mars 1953 déclare le 8 mai jour férié. Le 8 mai devient donc date symbolique de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant cette décision est remise en question par de tristes événements : le désastre de Diên Biên Phu du 7 mai1954, la guerre d'Algérie dès 1955. Une fois encore, il y a du changement et pour limiter les jours fériés, un nouveau décret décide de célébrer la victoire de 1945, le deuxième dimanche du mois de mai. Et bien sûr, il y a de nouvelles protestations parmi les anciens combattants [8] qui eux continuent à commémorer le 8 mai et qui par provocation, ne vont pas aux cérémonies officielles du deuxième dimanche. Le 8 mai 1965 est exceptionnellement déclaré jour férié, car ce jour-là, on fête le vingtième anniversaire de la capitulation. Et c’est à partir de cette date, et pour répondre enfin au souhait des anciens combattants, que la victoire sera célébrée à sa date anniversaire, mais en fin de journée, afin de ne pas augmenter le nombre de jours fériés. En 1975 le président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, supprime la commémoration officielle, et propose d’en faire une journée de l’Europe. Cette décision a été motivée sans doute par une volonté de réconciliation franco-allemande. Mais vous le devinez bien, les protestations sont nombreuses, et un grand nombre de communes [9] continuent à célébrer officiellement le 8 mai à sa date anniversaire. Il faudra attendre 1981, pour que le 8 mai soit déclaré jour férié, puis jour de fête nationale, « une journée de la liberté » fériée et chômée.

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Le saviez-vous, le 8 mai 1886 le Coca cola a été inventé et le 8 mai 1898 a été créée la Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen. Deux dates qui n’ont rien à voir, je le sais bien, mais si aujourd’hui on respectait les droits des Hommes autant qu’on boit du coca cola, le monde serait meilleur non ? A croire que les valeurs ont bien changé. Ce qui n’a pas changé, c’est la vérité et l’actualité de certains textes. Voyez par exemple, l’autre jour j’ai été amené à lire le Traité sur la tolérance , un texte écrit par Voltaire [10] en 1763. Ce texte, Voltaire, l’avait écrit suite à l’affaire Calas. Cette sombre affaire a eu lieu pendant les guerres de religion qui opposaient protestants et catholiques. Jean Calas a été jugé pour le meurtre d’un de ses fils. Le procès avait été fait à la va vite [11] et Jean Calas a été exécuté [12] sans qu’aucune preuve véritable ne prouve sa culpabilité [13], juste peut-être parce qu’il était protestant. Jean Calas aurait tué son fils car celui-ci aurait décidé de se convertir au catholicisme. Voltaire n’est pourtant pas un ami des protestants, mais cette affaire va l’engager à combattre l’intolérance et le fanatisme religieux. Ce texte est le plus célèbre de la littérature philosophique française et il a contribué à l’instauration d’une certaine tolérance en France, et j’aimerais vous en lire quelques passages : « Que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles [14] corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées (..) que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés « homme » ne soient pas des signaux de haine et de persécution. »  Bref, ici Voltaire invite à la tolérance, que tout ce qui différencie les hommes ; leurs habits, leurs habitudes, leurs langues, leurs idées soit respecté. Je continue « Que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer - ici Voltaire, déiste [15], s’adresse à un Dieu universel-. Donc, « Que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer, supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ».Ici Voltaire, anticlérical [16] parle plus particulièrement de la religion qui a chacune ses rituels pour prier finalement le même Dieu. Vraiment je vous invite à vous procurer ce texte, sa lecture est vraiment facile. Il vous permettra de prendre connaissance d’un philosophe du siècle des Lumières et fera réfléchir sur ce que doit être le rôle d’un intellectuel : « Toucher le cœur, (..) rendre l'intolérance absurde, ridicule et horrible ; mais respecter les préjugés. »

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Clara au Canada, Clara au Brésil, Clara en Argentine, et aujourd’hui ? Clara au Chili, au parc National de Torres del Paine. Voici sa lettre.. « Je suis arrivée à Puerto Natal, sans vraiment savoir ce que j’allais y faire. Dans le bus, les gens que je rencontrais me parlaient d’un parc national, celui de Torres del Paine. J’ai donc continué ma route vers le nord, et suis allée dans le village qui porte le même nom. J’avais pris la décision de partir en randonnée dans ce parc, une randonnée de quatre jours. Je me suis trouvé une tente [17], je me suis acheté un pantalon de montagne, un petit réchaud à gaz, de quoi manger pendant trois jours. Et me voilà devant le parc. Après avoir laissé mon nom à l’entrée, on m’explique l’itinéraire et les règles. On m’explique, qu’il y a des emplacements [18] pour passer la nuit et que pour trouver son chemin, il suffisait de suivre20150424 F mer les marques rouges sur les sentiers. L’aventure allait commencer ! La première était de monter ma tente. C’était la première fois que j’en montais une toute seule ! J’ai réussi. Et j’étais très fière de moi ! Ca paraît bête, mais c’est un geste de survie [19]. Près de ma tente, quelques autres. La fin de la saison approchait, il n’y avait pas grand monde, j’avais le parc pour moi ! Le lendemain je suis partie. Le premier jour, j’ai croisé des marcheurs et puis plus personne. Le jour, je marchais des heures et des heures dans des paysages exceptionnels. J’étais toute seule dans cette immensité… et je n’avais même pas peur. Autour de moi, des montagnes, des plaines, des lacs, des glaciers, et rien, sinon une beauté à couper le souffle [20].  Tout cela était pour moi.. et je marchais, je marchais, j’étais bien. La nuit, je dormais dans ma tente - je suis devenue une vraie experte-.Parfois le vent me réveillait, j’écoutais le nuit. Le quatrième jour, j’ai marché avec un couple dont la tente était parfois non loin de la mienne. C’était d’ailleurs l’unique présence humaine. On a bien sympathisé et on a décidé de se donner rendez-vous à Pâques pour faire le parc national Los Glaciares, un peu plus au nord, dans le village d’El Chalten à la frontière entre l’Argentine et le Chili. C’est ainsi que j’ai passé les fêtes de Pâques avec mes nouveaux amis allemands, au pied du Fritz Roy. Je continue ma remontée vers le nord, et je vais m’arrêter à Bariloche. A plus tard ! »

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Bien , je vous retrouve dans deux semaines sur l’App ou sur www.podclub.ch et je vous parlerai de villages de France. En attendant, prenez soin de vous ! A bientôt.



[1] (le) sanglot : buit qui évoque les pleurs, quand je sanglote, je pleure
[2] blesser :faire mal
[3] (la) langueur :la mélancolie, l’abattement
[4] (le) débarquement : débarquer, accoster, quand un bateau arrive près des côtes, ici en référence à la date historique du débarquement en Normandie le 5 juin 1944
[5] commémoratif(-ve) : qui rappelle le souvenir
[6] célébrer : fêter
[7] (le) résistant : celui qui se bat contre, ici les résistants dont on parle se sont battus contre l’Allemagne nazi
[8] (l) combattant : celui qui a combattu, celui qui a fait la guerre
[9] (la) commune ; la ville, le village
[10] Voltaire, (1694-1778) écrivain et philosophe français qui a marqué le XVIIIe siècle
[11] être fait à la va-vite : rapidement, superficiellement
[12] exécuter : ici être mis à mort ici Jean Calas a été condamné à être rompu vif, à être exposé deux heures sur une roue, à être étranglé et jeté sur un bûcher pour y être brûlé
[13] (la) culpabilité : être coupable d’une faute
[14] débile : ici qui est faible, qui manque de force
[15] déiste : qui croit en l’existence de Dieu
[16] anticlérical : qui est contre le clergé, l’Eglise
[17] (la) tente : c’est ce qu’on monte pour se faire un abri en toile pour y passer la nuit
[18] (l(e)) emplacement : la place , ici dans le parc il y avait des emplacements pour monter sa tente
[19] (la) survie : action de continuer à vivre malgré des difficultés
[20] « à couper le souffle » : époustouflant, ici le spectacle devant moi était tellement beau et grandiose que j’en avais le souffle coupé

KOMMENTARE ANZEIGEN  

Giorgio 01-06-2015 05:16
I think the text it is a little bit heavy. There are so many topics that it could be interesting and pleasant to read.

I know french people usually use philosophy when they write, but i think sometimes it is not a good idea.

I enjoy so much the others writer s in english, italian, german and swiss german, by the way.