L'avis de Marie 144 : Le village préféré des Français, restaurant, les pompons (22 mai 2015)

Bonjour, soyez les bienvenus sur mon podcast « L’avis de Marie ». Nous sommes le 22 mai 2015 et je vous propose aujourd’hui de nous promener dans les jolis villages de France, puis je vous invite à suivre le chemin difficile d’une ouverture de restaurant, et puis nous ferons des pompons.

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« Les jolis villages de France », c’est le nom d’une grande enquête [1] qui invite les Français à voter pour leur village préféré. C’est la chaine de télévision France 2 qui diffuse ce programme, dit culturel. Des 22 régions de France métropolitaine, un village classé parmi les plus beaux a été sectionné. Parmi ces 22 villages, villages perchés [2] sur une montagne, villages de montagne, ou de campagne, villages médiévaux [3] ou villages au bord de l’eau, les Français devront voter pour celui qu’ils préfèrent.
Pourquoi cette émission ? La répartition des régions est toute nouvelle, c’est peut-être une façon pédagogique ou démagogique d’enseigner une leçon de géographie aux Français. C’est la crise économique, c’est une façon de dire aux Français, « Regardez votre joli pays, soyez-en fiers et oubliez vos soucis. » Pour oublier la misère du dehors, il faut regarder à l’intérieur. Face à ce monde dont les frontières ne cessent de s’ouvrir, quoi de plus rassurant que de s’accrocher à ses racines ?
Car que pensez-vous que votent les Français ? Vont-ils vraiment voter, objectivement, pour le village qu’ils trouvent effectivement le plus joli ? Il y a Lods, ce joli village avec ses maisons vigneronnes [4] dans des rues en pente [5], traversée par la rivière la Loue, perdu dans la verte campagne de la Franche- Comté. Il y a quelque part dans la région Picardie, ce petit village en bord de mer, Ault, dont les maisons de maitre longent les grandes étendues de sable blanc, et qui semble avoir été préservé de toutes les constructions de tourisme de masse. Il y a Saint-Emilion, en région Aquitaine, Centuri en Corse et Ferrette en Alsace. Ferrette c’est le village à 15 kilomètres de chez-moi, La photo sur le site de l’émission est jolie. Ferrette est présenté comme un village médiéval, je cite : « blotti [6] au pied de son château, avec ses rues pavées et ses maisons de caractère ». Ça c’est l’image publicitaire. Il faut savoir que le château qui avait appartenu aux comtes de Ferrette durant près de deux siècles au Moyen Age a été vendu à des particuliers ! Un tel héritage n’aurait-il pas dû rester dans le domaine du patrimoine public ? Le centre du village a été déserté [7] par les commerçants et ce sont des banques qui s’y sont installées. Le centre du village est un centre bancaire. Charmant non ? Mais finalement que vont faire les gens, ils vont voter pour le village de leur région, même s’ils ne le trouvent pas si beau que cela ! Les racines [8] avant tout !

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Je vous avais raconté que j’étais fille de restaurateurs et que depuis quelques temps l’idée m’était venue de rouvrir ce restaurant. Eh bien ce n’est pas chose facile, le chemin est long. Tout d’abord il me fallait faire une formation, qui évidemment est payante .Je l’ai faite. J’y ai appris les règles et les lois : ne pas servir d’alcool à des gens déjà en état d’ébriété [9], à des mineurs, bref on vous demande de payer une formation pour vous rappeler que vous avez du bon sens. Puis il vous faut faire une deuxième formation. Payante elle- aussi bien sûr. Avec celle-ci on vous rappelle qu’il faut vous laver les mains avant et après avoir été aux toilettes ! J’exagère, mais vraiment on n’en est pas loin. Ce que j’y ai surtout appris, c’est que pour répondre aux normes hygiènes très sévères, il est préférable de ne plus rien cuisiner et préparer soi- même : mieux vaut servir de la mayonnaise en pot, de la sauce de salade toute préparée, des plats cuisinés, des œufs durs en tube prêts à découper ! Voilà les solutions de facilité qui permettent de rester dans la réglementation. Et je ne vous parle pas des différents registres [10] qu’il faut tenir. L’un dans lequel il faut expliquer comment nettoyer chaque plan de travail, un autre où il faut signaler tous les dangers de la cuisine comme par exemple : « ne pas mettre son doigt dans l’huile chaude ! » et il y en a d’autres…Ensuite j’ai dû monter un dossier pour demander une autorisation spéciale pour pouvoir ouvrir même si mes toilettes ne peuvent accueillir des personnes à mobilité réduite. Ensuite j’ai dû faire analyser mon eau. J’ai une eau de source, donc il est normal de vérifier si elle est potable [11]. 25 bouteilles ont été remplies et j’ai 3 pages de résultats d’analyse ! Bonne nouvelle, mon eau est potable. Ensuite, il faut qu’une commission de sécurité vérifie la sécurité de l’établissement, il faut des extincteurs [12], un pour éteindre les feux de la cuisine, un autre pour les feux électriques, un autre pour les feux de bois. Il faut installer des portes coupe-feu, Il faut que je mette des portes qui s’ouvrent vers l’extérieur. Il faut faire nettoyer les hottes par une entreprise spécialisée bien sûr ! D’ailleurs, c’est fou le nombre d’entreprises spécialisées qui se sont créées et vivent de ses nouvelles lois mises en place au nom de la sécurité ! Bien sûr il faut aussi des appareils qui fonctionnent ; les machines à laver, la machine à café… Bref, je n’ai pas encore ouvert, que déjà je suis endettée [13]. Ah j’oubliais, toutes les démarches administratives : les impôts, le tribunal du commerce, la préfecture, le service vétérinaire, la direction départementale des affaires sanitaires et sociales. Et les travaux à finir, et le nettoyage, et toutes les préparations… Alors les journées ne font que 24 heures, j’aimerais qu’on me dise comment je fais tout cela tout en continuant mes activités professionnelles, mes études, et mes autres projets. Le prochain qui me demande quand j’ouvre mon restaurant, je le mets dans le vivier [14] avec les carpes !

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J’ai repris mes études, cela, si vous m’écoutez, vous l’avez compris. J’avais jusqu’à présent travaillé de manière irrégulière, autant que mon emploi du temps me le permettait. Je m’étais aussi inscrite à un concours de l’enseignement en France. Cela s’appelle un CAPES, le certificat d’aptitude professionnelle de l’enseignement dans le secondaire. Un concours, c’est un examen auquel peuvent s’inscrire des candidats qui répondent aux exigences de diplôme. Tous les candidats de toute la France passent le même examen. Une première sélection est faite à l’écrit, puis il y a des oraux. Le nombre de place offerte est décidé par le ministère. J’avais passé la première étape en décembre. Je devais avoir les résultats en avril. Parallèlement je continuais mes études universitaires, lesquelles me préparaient aussi à ce concours. Or depuis le début de l’année je n’ai plus rien fait. Il y a des priorités dans la vie, et depuis Noël, il en est une dans la mienne. Attention roulement de tambours………
Je vais me marier ! Marie se marie !
Donc vous comprenez que mes études, le restaurant, tout cela est passé au 20150522 F pompomssecond plan ! Moi ma priorité est devenue la confection de pompons, ces boules en papier de soie que l’on accroche et qui font une très jolie décoration. J’ai acheté du papier de soie, et d’après mes calculs j’en avais 356 à réaliser ! Entre deux pompons, je passais mon temps sur internet pour trouver des idées de décoration. Préparer un mariage, c’est un travail à temps plein. Ou le fait-on ? Quel en sera le thème ? Que va-t-on manger ? Qui invite-t-on ? Que vais-je porter ! La robe de mariée occupait tout mon esprit ! Bref mon mariage était devenu ma priorité ! J’avançais dans mes pompons, quand je me suis souvenue de la date des résultats de la première étape du fameux concours. « Ah tient, je l’avais oublié celui-là ! » Je vais sur le site du ministère, entre mes numéros d’inscription, et … : Admissible [15] ! Comment vous décrire mon état d’esprit : surprise tout d’abord, heureuse car parmi les plus de deux milles candidats, je figurais parmi les 235 sélectionnés, et puis surtout paniquée ! Je devais me présenter 3 semaines plus tard à Lille pour passer l’oral ! Et mes pompons ? De quoi allais-je leur parler ? De la confection de pompons ? Vous me voyez dire à mon jury : « Alors, la crise du vers poétique oui, oui, oui. Vous ne voulez pas plutôt que je vous montre comment on fait un joli pompon ? »
J’avais la chance d’être admissible, il me fallait essayer, passer l’oral pour avoir peut-être une chance d’être admise [16]. Les pompons ont été mis de côté, les préparations pour l’ouverture du restaurant ont été abandonnées, j’ai ressorti mes livres, la grande table de cuisine est devenue mon bureau, et la poésie, le théâtre, le roman, les figures de style, la linguistique, la grammaire, mes nouveaux compagnons… Et plus la date du grand oral avançait et moins je dormais. J’avais beau me dire que le ridicule ne tuait pas, j’étais tout de même très mal à l’aise !

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Enfin est arrivé le jour où je me suis rendue à Lille... mais cela je vous le raconte la prochaine fois, dans deux semaines sur www.podclub.ch ou sur notre APP. Nous retrouverons aussi Clara quelque part dans les montagnes d’Argentine. En attendant, profitez du printemps ! A bientôt


[1] (la) enquête : questions que l’on pose pour connaître les habitudes, l’opinion….
[2] perché: adjectif, qui se trouve en haut de
[3] médiéval : qui est du moyen-âge, un village médiéval est un village qui date du moyen-âge
[4] vigneron(ne) : qui vient du mot vigne, la plante qui donne du raisin, qui elle-même donne du vin, et le vigneron est la personne qui fait du vin et la maison vigneronne est donc la maison du vigneron
[5] en pente : les rues qui montent, qui descendent, lorsque ma maison est sur les hauteurs, c’est-à dire perché, la rue qui y va est en pente, elle n’est pas plate, il faut la monter ou la descendre
[6] blotti : adjectif du verbe se blottir qui signifie se mettre à l’abri, contre quelqu’un ou quelque chose , ici quand on parle d’un village blotti sous le château, voyez l’image de ce village qui se trouve sous le château, à l’abri et tout contre le château
[7] déserter : être abandonné pour laisser place à un désert, c’est une image
[8] la racine : ici quand je parle de racines, je fais référence à celles que nous avons, nous autres êtres humains, c’est l’endroit où l’on est né, l’endroit où on a grandi, c’est le lien, l’attachement à un lieu
[9] l(e) état d’ébriété : quand on boit trop d’alcool on est dans cet état, on est saoul
[10] le registre : cahierdans lequel on écrit des informations administratives
[11] potable : se dit d’une eau qui est propre à la consommation, qui n’est pas dangereuse
[12] (le) extincteur : pour éteindre un feu
[13] être endetté : quand on doit des sous
[14] le vivier : le bassin où on met les poissons
[15] admissible : sélectionné(e), admis(e) à passer la seconde étape d’un concours,
[16] admis(e): lauréat(e), avoir réussi l’examen

KOMMENTARE ANZEIGEN  

Vivien 22-06-2017 14:26
Hello je découvre ces podcasts et j'adore! Est ce que l'émission a été arrêtée? Je ne trouve que des dates de 2015?