L'avis de Marie 145 : Avant l’oral, le jour J, Clara (5 juin 2015)

Bonjour, soyez les bienvenus sur mon podcast « L’avis de Marie. » Nous sommes le 5 juin 2015 et aujourd’hui, comme promis, je vous raconte ce qui a occupé mes pensées les trois semaines qui ont précédé mon grand examen oral, puis vous m’accompagnerez dans la salle d’examen. Nous retrouverons ensuite Clara dans ses montagnes en Argentine.

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3 semaines, j’avais 3 semaines pour préparer l’oral du concours auquel j’étais convoquée à Lille, dans le Nord. J’ai ressorti tous mes cours, et me suis fait un planning. Bon, dans le peu de temps qu’il me restait, il me fallait aller à l’essentiel : l’histoire littéraire du roman, de la poésie du théâtre, la grammaire, la stylistique, la linguistique, les programmes scolaires…. L’essentiel quoi !
Je faisais très rapidement les tâches [1] qu’on attendait de moi dans mon travail. La vie continuait dehors, sans moi. Moi, j’étais dans la littérature.
D’ailleurs de la littérature, j’en voyais partout. Un jour, en revenant de Zurich, j’ai réalisé que les trains en Suisse portaient des noms d’auteurs. Le train dans lequel je suis montée portait le nom de Jean-Jacques Rousseau. Le soir, j’ai révisé [2] Rousseau. Un jour, j’ai lu un texte de Diderot, « La Religieuse ». Le soir, mon ami regardait un film qui passait à la télé. Devinez lequel c’était ? Une adaptation de « La Religieuse » ! J’ai révisé Diderot. Un autre jour, j’ai trouvé une vidéo rigolote [3] d’un acteur qui présentait le roman de Flaubert, « Madame Bovary », dans un langage de jeunes. J’ai révisé Flaubert.
Pourtant, je me sentais inculte [4] quand je lisais une analyse de texte derrière laquelle se cachait une référence mythologique que je n’aurais jamais, mais alors jamais soupçonnée [5]. Je fondais en larmes [6] quand je confondais «l’épanadiplose » avec l’ « épanorthose », chacune sont des figures de style. Je me sentais désespérée devant le gros manuel de linguistique, devant la précision des programmes. Pendant ces semaines de préparation, je changeais d’état d’esprit comme de sujet de révision. Parfois je prenais la chose à la légère, je me disais que j’allais à cet oral, juste pour voir à quoi cela ressemblait, une sorte d’entraînement pour l’année prochaine en somme. Parfois, je désespérais et ne me sentais pas la force de devoir tout recommencer l’année suivante et je me mettais la pression en me disant qu’il me fallait réussir. Parfois je m’imaginais devant le jury, incapable de répondre à une question dont la réponse était évidente pour tout étudiant en lettres. Enfin, pendant ces trois semaines, j’ai peu dormi, j’étais à fleur de peau [7], j’avais hâte [8] que tout cela se termine.

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Le jour du départ est enfin arrivé et je n’en avais pas terminé avec mes révisions, mais il fallait bien y aller. J’avais de la chance, mon ami m’y a amenée en voiture. Ah non vous imaginez, déjà il y a l’angoisse de l’épreuve orale, mais en plus, il faut organiser le voyage, l’hébergement [9] jusqu’à Lille, à plus ou moins 650 kilomètres de chez moi. Il faut organiser la tenue. Quels vêtements mettre le jour de l’examen ? Pas trop chic, mais tout de même un peu. Alors comme on y allait en voiture, j’ai pris mes cours, tous mes cours. Je ne sais pas pourquoi, cela me rassurait peut-être, car je n’aurais jamais le temps de tous les revoir et de toute façon en voiture, je ne peux pas lire, je suis malade. Et j’ai pris plusieurs paires de chaussures. Je n’en porterai qu’une seule paire, mais je déciderai le lendemain [10]. Bref après presque 7 heures de route, on arrive pour les 17 heures au lycée où étaient convoqués tous les candidats qui passaient l’examen le lendemain. C’est assez angoissant de rencontrer les autres candidats, ils ont toujours l’air plus confiants, plus intelligents, mais je les ai bien observés pour décider quelle paire de chaussures j’allais porter le lendemain.
On nous a félicités tout d’abord d’être arrivés jusqu’à ce stade du concours et on nous a expliqué le déroulement de l’épreuve du lendemain; pendant deux heures, on allait préparer un commentaire et réaliser une leçon avec un corpus de textes. Nous le présenterons pendant 30 minutes devant un jury et nous répondrons à leurs questions pendant 40 autres minutes. On nous a distribué nos convocations [11] pour le lendemain. Certains devaient être sur place à 6 :00, d’autres à 7:30. Moi j’allais pouvoir dormir un peu plus longtemps, je devais me présenter à 8:50 heures.
Je n’aime pas les veilles d’examens. J’avais mes cours, mais c’était bien inutile de les regarder, je paniquerais, c’est sûr. La meilleure des choses était de dormir pour avoir les idées claires le lendemain.
Nous y voilà, le jour J, à l’heure H. On nous amène dans une salle, On nous donne un numéro de table, et ce numéro sera celui de notre jury. J’ai le numéro 6 ! Ça tombe bien, c’est mon numéro préféré. On nous distribue les sujets. Dans mon corpus, j’ai eu rendez-vous avec Maupassant, Zola et Flaubert. Je devais commenter deviner lequel ? « Madame Bovary » de Gustave Flaubert ! Je suis inspirée, mais comme c’est la première fois que je fais cet exercice, je n’ai pas le temps de construire un cours car déjà le temps de la préparation est terminé. On nous amène à un étage et chacun va devant le numéro de sa salle. Je n’ai à peine le temps de réagir que la porte s’ouvre. La première chose que je vois, c’est une petite table où je serai assise devant mon jury. C’est à moi. Je ne vais pas vous raconter le film de mon oral, vous imaginez bien l’état d’esprit dans lequel on peut se trouver quand on est devant un jury qui va vous juger et vous permettre ou non de réussir un concours. Même si on s’était dit plus tôt qu’on y allait juste pour voir, quand on est devant le jury, c’est peut-être de l’orgueil, mais enfin on veut tout de même faire bonne figure. Alors après avoir annoncé que mon travail serait incomplet, je commence ma présentation. Il faut avant de faire le commentaire du texte, le lire. Et là, je me suis étonnée. Je me souviens avoir été attentive au battement de mon cœur, et au moment de lire, je l’ai trouvé étrangement régulier et calme. Et vous savez quoi, j’ai même eu plaisir à le lire ce texte. Et tout cela, c’est un peu grâce à vous ! Vous retrouver toutes les deux semaines à vous lire mon texte devant un micro, je pense que cela a été un très bon entraînement. J’ai eu du plaisir et mon jury aussi. Il a arrêté d’écrire et m’a juste écoutée. Mon commentaire aussi les a fait sourire. Et puis c’était fini. Je suis sortie de la salle, ils ont mis une note et m’ont invitée à entrer à nouveau dans la salle pour continuer l’entretien. À partir de là, j’ai perdu ma concentration. Plus le temps passait, plus j’avais l’impression de glisser de ma chaise... Je me sentais de plus en plus déstabilisée [12]. « C’est fini, Merci. Au revoir. Vous oubliez votre sac Madame ! » - « Ah oui Merci ».
J’étais vidée [13]. J’ai eu de la chance de tomber sur des textes qui m’avaient inspirée, et là où, parce que cela fait 20 ans que j’enseigne, j’aurais dû être à l’aise, et ben non, j’ai été gourde [14]. J’ai pleuré tout le week-end, le ciel m’accompagnait, car il a plu tout le week-end. Lundi soir, par hasard, je vais sur le site pour revoir une dernière fois, ma convocation à l’oral, quand j’y trouve les résultats. On nous avait pourtant dit mardi ! Je ne comprends pas ce que j’y lis : il y a écrit : admise !
Entre pleurs et rire, j’ai remercié Flaubert !

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Voici le mail de Clara : « J’adore les montagnes, j’adore l’Argentine ! Je suis arrivée à Bariloche. C’est très touristique, cela me fait penser à une station de montagne en Suisse. Là, je suis assise dans une cyber-pâtisserie très chaleureuse. Il y fait chaud, la décoration est très jolie et je mange un délicieux morceau de tarte. J’ai plein de choses à te raconter, chaque jour est une aventure, et c’est un tel bonheur de rencontrer chaque jour des gens différents. 20150605 F refugeIl y a quatre jours pendant mon petit déjeuner, j’ai rencontré deux espagnols, ils venaient d’arriver. On a discuté et on a décidé de partir dans la région des lacs ensemble. Je sais que cela paraît fou de partir comme ça avec des inconnus, mais je crois qu’en voyage, on développe une sorte d’instinct ou peut-être d’insouciance, enfin une joie de vivre, il n’y a pas de place pour des situations lourdes. Enfin ces deux jours ont été fantastiques. Ensuite je les ai emmenés en montagnes. Ils n’y étaient jamais allés, alors je leur ai servi de guide. C’est que je commence à bien connaître le coin. En arrivant, j’avais rencontré un allemand qui cherchait à faire une course [15]. Nous avons tout d’abord fait une randonnée pour mieux nous connaître et avons décidé de faire ce tour. Arrivés au refuge [16], le gardien [17], nous a conseillé de ne pas y aller, les conditions étaient dangereuses. Le lendemain nous sommes tout de même allés jusqu’au pied de la falaise pour observer le passage. La falaise était mouillée et on a décidé de ne pas y aller. Nous sommes revenus au refuge. Mon ami allemand, n’avait que quelques semaines de vacances, moi j’avais tout mon temps. Lui, il est redescendu dans le village, moi je suis restée au refuge. L’endroit est joli, il y a un lac et il y a plein de balades à faire. J’y suis restée une semaine. Et pour payer mon hébergement, j’ai aidé le gardien à faire le ménage et la cuisine. C’était 10 jours de rêve. Après les tâches ménagères, je lisais, je prenais le soleil, je me promenais ou ne faisais rien. C’était magique ! Je te laisse, je viens de terminer mon deuxième morceau de tarte et j’ai encore des courses à faire, demain je retourne en montagne. Bisous. A bientôt !» Je ne sais pas vous, mais moi j’ai l’impression qu’elle ne me dit pas tout notre ami Clara. Je me demande si ce sont les montagnes ou un certain montagnard qui la font rester si longtemps à Bariloche !

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Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Je vous retrouve dans deux semaines sur www.podclub.ch ou sur notre APP et nous parlerons de café et de créateurs. En attendant prenez soin de vous ! A bientôt.


[1] (la) tâche : le devoir, la chose à faire
[2] réviser : travailler ses cours, apprendre, revoir , repasser ses leçons
[3] rigolo(te) : drôle, qui fait rire
[4] inculte : qui n’a pas de culture
[5] soupçonner : ici dans le sens de deviner,
[6] fondre en larmes : pleurer
[7] être à fleur de peau : être sensible
[8] avoir hâte : être pressé, ici dans le texte, j’étais impatience que ces trois semaines soient passées pour faire autre chose
[9] (l(e)) hébergement : le lieu pour séjourner, dormir
[10] (le) lendemain : le jour d’après
[11] (la) convocation : l’invitation a un rendez-vous, ici la convocation à mon examen me donne l’heure du commencement de l’épreuve
[12] être déstabilisé(e) : ne plus avoir confiance, être perturbé, décontenancé,
[13] être vidé(e): ici expression familière, imaginez que vous vous sentez très fatigué, vous avez l’impression qu’il n y a plus rien en vous, que vous êtes vide de tout
[14] être gourde : être stupide
[15] (la) course de montagne : une marche dans les montagnes avec parfois des falaises à grimper, des sommets à escalader
[16v (le) refuge : la cabane dans les montagnes pour y passer la nuit
[17] (le) gardien : ici, la personne qui garde , qui s’occupe du refuge

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andrea montemagno 10-12-2015 19:19
merci merci!!!