L'avis de Marie 151: Paris en tracteur, petit conte (25 septembre 2015)

Bonjour, nous sommes le 25 septembre et je vous souhaite la bienvenue sur mon podcast « L’avis de Marie ». Aujourd’hui j’aurais voulu vous parler d’actualité, mais franchement, moi elle me déprime. Ah si Voltaire était encore de ce monde, je crois qu’il serait bien inspiré par le malheur des uns et des autres, par nos craintes [1] et notre indifférence. Bon, de quoi vais-je vous parler aujourd’hui ? Tout d’abord, je veux vous rappeler la nouvelle fonction de notre application. Pour apprendre plus de mots et vérifier votre apprentissage, essayez la nouvelle fonction vocabulaire qui vous est proposée. Alors aujourd’hui j’avais envie d’être légère, je vais vous parler de vaches, de chèvres et d’oies. Oh ce n’est pas ce que vous pensez, car si la façon de vous raconter cette histoire semble enfantine, le fond lui est grave, je fais référence aux problèmes des agriculteurs et à leur dernière grande manifestation à Paris. Ensuite, j’avais envie de vous faire partager un petit conte que j’ai lu, et que, ma foi, j’ai trouvé très joli. Mais tout de suite, direction la capitale !

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Moi, si j’avais un tracteur, j’irais à Paris avec mes poules et mes chèvres, mes vaches et mes oies. Si j’allais à Paris avec mes chèvres, mes poules, mes vaches et mes oies, ce serait pour eux bien la première fois.
Les oies iraient dans la Seine, faire leur toilette, les poules picoreraient les miettes sur les Champs-Elysées, les chèvres grimperaient sur la Tour Eiffel et les vaches ? Elles, elles paîtraient sur 20150925 F chevrele Champs de Mars. Et moi, j’irais retrouver les copains agriculteurs du Cantal, d’Auvergne et de Lorraine et d’ailleurs, et ensemble nous irions faire tourner nos tracteurs autour des places de Paris pour montrer au gouvernement notre mécontentement !
Car ces Messieurs qui nous pondent [2] des lois, des règlements et des quotas, il faut qu’ils comprennent, qu’il n’est pas facile de vivre de la terre aujourd’hui. Moi je ne voudrais que vivre de mes poules, de mes chèvres, de mes vaches et de mes oies, mais c’est chose impossible aujourd’hui ! Il nous faut agrandir [3] nos fermes, mettre aux normes et tout ça, pour en échange gagner quoi ? A peine de quoi nourrir nos vaches, nos chèvres, nos poules et nos oies ! Les grandes enseignes [4] nous imposent [5] des prix bas, et si on refuse [6], on se retrouvent avec nos poules, nos chèvres, nos vaches, nos oies sur les bras [7]. Et on vit de quoi ? Oh, on n’en veut pas [8] aux Parisiens, on comprend bien qu’ils achètent au prix le plus bas quand ils font leurs achats ! Mais savent-ils que ces syndicats [9], ceux qui nous représentent sont copains comme lard et cochon [10] avec ceux-là mêmes qui écrivent les lois ? Tout ce qu’on a pu faire, c’est embêter les Parisiens avec nos tracteurs, nos poules, nos vaches, nos chèvres et nos oies, laisser des souvenirs de nos bêtes dans les parcs, sur les Champs et sur les trottoirs devant les grands magasins. Car avec nos tracteurs nous sommes retournés chez nous. Et mes vaches, mes chèvres, mes oies et mes poules m’ont demandé quand on y retourne !

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L’autre jour en feuilletant un manuel scolaire, en quête [11] d’exercices, je tombe sur cette petite fable que j’ai trouvé très jolie. J’avais envie de la partager avec vous. Elle nous vient de Charles Péguy, un écrivain, un poète français du XIX e siècle. Cette fable, comme toutes les fables, nous donne matière à réfléchir et j’espère qu’elle vous plaira.
Un jour en allant à Chartres, Charles Péguy aperçoit sur le bord d’une route un homme qui casse des cailloux [12]. L’homme à l’air de souffrir, sa mine est sombre, il a l’air fatigué, éreinté, épuisé. Alors notre Charles qui est un homme très empathique [13] - et c’est tant mieux, ainsi nous aurons une suite à cette histoire - Charles va vers le monsieur et lui demande ce qu’il fait. Bon, vous en connaissez beaucoup vous, des hommes qui s’arrêtent demander à des ouvriers qui travaillent le long de la route ce qu’ils font ? Charles Péguy vivait à une époque où on s’intéressait encore à son prochain [14]. Bref, Charles demande à l’homme ce qu’il fait, comme si cela ne se voyait pas qu’il était en train de casser des cailloux. « Vous voyez bien, lui répond l’homme, je casse des pierres, c’est difficile, j’ai faim, j’ai soif, je fais un sous-métier, je suis un sous-homme ». Peu préoccupé par le sort [15] de ce dernier [16],Charles continue son chemin. Il voit un autre homme qui lui aussi casse des cailloux. Alors peut-être parce qu’il n’a pas bien compris ce que le premier lui a dit, il lui demande, à lui aussi, ce qu’il fait. Ce qui l’a étonné, c’est que cet homme avait l’air moins malheureux. « Je casse des cailloux, lui répond celui-ci. C’est un dur métier, mais comme je n’en ai pas trouvé d’autre, je suis content. Il me permet de gagner ma vie, de nourrir ma famille.» Satisfait de cette réponse, Charles continue son chemin, et croise un troisième homme qui lui aussi, que fait-il ? Il casse des cailloux. Et que demande Charles à celui-là? Il lui demande ce qu’il fait. Et que lui répond-t-il ? Il répond, et ce sera la chute de cette histoire, car si jusqu’à présent, elle ne semble pas bien intéressante, elle mérite qu’on l’écoute jusqu’au bout. « Moi monsieur lui répond fièrement ce troisième homme. Moi monsieur, je bâtis une cathédrale ! ». Les trois hommes ont la même occupation, mais ils n’ont pas la même vision des choses. L’un fait son métier sous le poids de l’obligation, le deuxième, donne un sens à son métier car il lui apporte la satisfaction de veiller sur sa famille. Le troisième est convaincu de participer à un grand projet. La morale de cette histoire, c’est que quand on a des cathédrales dans la tête, on ne casse pas les cailloux de la même manière !

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Nous voilà à la fin de ce podcast, je vous retrouve dans deux semaines sur www.podclub.ch ou sur notre App, et nous retrouverons notre Clara. Je vous parlerai de mes nouvelles fonctions et verrai bien si l’actualité m’inspirera. En parlant de nouvelles fonctions, n’oubliez pas notre nouvelle application qui vous est mise à disposition depuis peu. Celle-ci vous permettra d’enrichir votre vocabulaire et de gérer votre apprentissage. N’hésitez donc pas à vous y abonner. En attendant de nous retrouver, n’oubliez pas d’avoir vous aussi des cathédrales dans la tête ! A bientôt !


[1] (la) crainte : la peur
[2] pondre : ce sont le spoules qui pondent des œufs, mais ici c’est une image, les politiciens, nous font des lois, ils nous pondent des lois
[3] agrandir : rendre plus grand, comme j’ai plus de chèvres, j’ai dû agrandir leur chèvrerie
[4] les grandes enseignes : les grandes marques de grands magasins
[5] imposer : imposer, ici les grands magasins ne nous donnent pas d’autres choix que d’accepter leurs prix bas, ils nous les imposent
[6] refuser : ne pas accepter
[7] avoir sur les bras : familier, être occupé de quelque chose, être embarrassé, par exemple, il m’a donné son chien à garder, il n’est pas revenu, je me retrouve avec son chien sur les bras
[8] en vouloir à quelqu’un : avoir des reproches à faire à quelqu’un, « je t’en veux », je ne te reproche quelque chose
[9] (le) syndicat : groupement qui devrait défendre les intérêts des gens, il y a un syndicat pour chaque profession, souvent on entend parler des syndicats de la SNCF, ce sont eux qui souvent font la grève s’ils n’obtiennent les avantages qu’ils demandent
[10] être copain comme lard et cochon : être très amis
[11] en quête de : à la recherche de
[12] (le) caillou : la pierre
[13] empathique : qui s’intéresse à son prochain
[14] (le ) prochain : être humain, considéré dans ses rapports avec autrui, avec l’autre
[15] (le) sort : la condition de vie de quelqu’un, sa situation, par exemple, je ne me plains pas de mon sort, de ma situation
[16] ce dernier : ici ce dernier remplace l’homme dont je viens de parler, c’est pour éviter de me répéter