L'avis de Marie 154: Les soins, le tatouage et la peinture (6 novembre 2015)

Bonjour, bienvenue sur le podcast « L’avis de Marie ». Nous sommes le 6 novembre et avant de commencer, j’aimerais une dernière fois vous rappeler la mise à disposition de notre application de vocabulaire dont vous ferez bon usage. Aujourd’hui, nous allons parler du corps humain. Tout d’abord, nous allons parler de soin [1] en France, puis Clara nous raconte comment une partie de son corps est devenue une œuvre d’art et pour terminer, une petite réflexion sur la représentation du corps dans la peinture.

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Voici un chiffre effarant [2]; 33% des Français auraient renoncé à se soigner, faute de [3] moyens. La moyenne européenne est de 18%. 39 % des Polonais ne peuvent se soigner car ils n’ont pas l’argent pour cela, et seulement 4% des Britanniques sont concernés. À croire que s’il s’agit de faire des économies, les Français préfèrent ne plus se soigner et continuer à bien manger ! Enfin tant qu’ils le peuvent, car quand on n’a pas d’argent, les premiers soins qu’on se refuse sont les soins dentaires.
25% des Français renoncent en priorité à aller chez le dentiste. Tiens donc, vous vous souvenez du livre que l’ex-femme de notre Président François Hollande avait écrit ? N’y avait-on pas lu que ce dernier surnommait [4] les pauvres : les « sans-dents ». C’est un visionnaire [5] cet homme ! Et puis quand les Français ne voient plus ce qu’ils mangent, car leur vue baisse, ils sont 12 % à ne pas aller s’acheter des lunettes ! En fait, ces chiffres concernent bien plus les femmes que les hommes : 41% des Françaises contre seulement 23 % des hommes. Mais pourquoi ne va-t-on pas se faire soigner ? Il y a le manque [6] d’argent bien sûr, la crainte de [7] l’erreur [8] médicale ensuite et puis surtout les délais [9] d’attente. Moi, par exemple, j’attends depuis 6 mois un rendez-vous chez mon ophtalmologue [10], et là, il vient de me téléphoner pour me dire qu’il sera en vacances ! Hallucinant, non ? Il y a aussi une autre raison, comme l’assurance sociale est gratuite en France, les Français ont-ils l’habitude d’aller régulièrement, pour un oui, pour un non, chez le médecin.
Les dépenses [11] de santé en France sont donc importantes, et donc les caisses [12] de l’État se vident, et les remboursements [13] sont moins élevés. Alors quand il s’agit de soins qui ne sont pas bien remboursés, les Français ne vont-ils plus se faire soigner. D’ailleurs, petite parenthèse [14], saviez-vous qu’en Alsace nous avions encore un régime social local particulier qui vient de l’administration allemande dont l’Alsace était dépendante à partir de 1870. Et quand en 1918 l’Alsace est redevenue française, ce régime est resté. Et celui-ci est bénéficiaire, c’est-à-dire qu’il est financièrement en bonne santé, contrairement à la sécurité sociale française.
Pour obtenir un meilleur remboursement, il est maintenant devenu obligatoire de prendre une mutuelle. La mutuelle est une sorte d’organisme qui vous rembourse la part que la sécurité sociale ne prend pas en charge. Par exemple, un soin me coûte 100 euros, la sécurité sociale me rembourse 60 euros, et la mutuelle va alors me rembourser la différence ou du moins une partie de cette différence. Plus je paie cher ma mutuelle, meilleur sera mon remboursement. Enfin, plus mon patron paiera cher, meilleur sera mon remboursement, car c’est nouveau aussi, c’est l’employeur qui doit payer la mutuelle à son salarié. Mais soit votre patron, parce qu’il a une petite entreprise, n’a pas les moyens de vous prendre une bonne mutuelle, soit parce que votre patron veut économiser, la mutuelle ne sera pas forcément bonne, c’est-à-dire qu’elle ne vous remboursera pas bien. Alors, vous prendrez à votre tour, une autre mutuelle, pour compenser [15] le remboursement de votre sécurité sociale et celui de la mutuelle de votre patron. Bre,f avec tous ces papiers à remplir, avec tous ces organismes qui vivent sur le dos [16] du soi-disant bien être de la population, je pense que les gens ne vont plus se soigner, car même ça, ça devient compliqué !

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Clara m’a envoyé une photo de son nouveau bijou, un bijou indélébile [17], une marque pour la vie, un tatouage à l’intérieur de son pied gauche, sous l’os du tibia, et voici le petit mot qui l’accompagnait : « J’avais rencontré une fille qui comme moi était en voyage. Pour se donner un souvenir de son aventure, elle s’était offert un piercing sur la langue. Quand je l’ai rencontrée, cela faisait deux mois qu’elle l’avait, mais sa langue était encore un peu enflée [18].
Elle me racontait que le premier mois, elle ne pouvait rien manger, le piercing s’était infecté ! Tu m’étonnes, en voyage, tu ne peux pas toujours surveiller de près ce que tu manges, enfin bref, son piercing ne me faisait pas du tout envie [19]. Mais j’avais l’idée moi aussi, de ramener un souvenir de mon voyage : un tatouage. Ici je suis dans les îles, et en Polynésie, et surtout dans les îles des Marquises, le tatouage est très présent dans la culture. Au début du siècle, il y avait encore beaucoup de personnes tatouées. Aujourd’hui, bien sûr, le symbole religieux n’est plus, mais le savoir-faire est resté. Pendant mon tour à vélo à Tahiti Iti, j’étais un soir dans un camping à côté duquel il y avait un tatoueur. Le gars était des Marquises. Je suis allée voir son travail, on a discuté, j’ai vérifié la propreté des lieux, de ses aiguilles [20], j’ai fait des croquis de ce que je voulais. Et puis je me suis décidée. Il m’a conseillée de le faire le dernier jour de mon séjour sur l’île et d’éviter le soleil, la plage. Cela tombait bien, car les sables blancs, je m’en lasse [21] ! C’est fou de dire cela, hein ? Bref, nous avions convenu du jour, du prix et du motif [22]. Je voulais un petit lézard et une tortue, disons que c’est une forme qui symbolise le mariage entre une tortue et un lézard. La tortue, c’est le symbole de la longévité [23], le lézard, celui de la vivacité [24]. J’ai appris que le lézard se dit mo’o et la tortue kea, et que ces deux motifs du règne animal occupaient des places de choix. Le lézard était autrefois tatoué sur le visage des hommes de haut rang. Moi, qui suis pour la lutte des classes [25], je ramène la haute société à mon pied. Bref, le jour de mon tatouage, et mon dernier jour sur l’île donc, je vais au distributeur de billets pour retirer des billets. Impossible ! Une petite pancarte annonçait une grève [26] des transporteurs de fond [27]. Tous les distributeurs automatiques de l’île étaient vides. La lutte des classes n’allait pas être possible. Je retourne voir mon tatoueur marquisien et lui annonce que notre projet tombait à l’eau [28].
Le type, assez jeune, m’observe et me lance  [29]: « Bon, tu sais quoi, je n’ai jamais fait de cadeau à une blanche, tu seras la première ! » Surprise, flattée, mais prudente je lui demande tout de même : « C’est un cadeau ? Un vrai cadeau, tu ne veux rien en échange [30] ? » - « Non, rien »m m’affirme-t-il. J’étais tout de même un peu gênée, mais bon, la lutte des classes aura lieu. Quelques heures plus tard, quelques douleurs plus tard, car ouille dis donc, sur le pied l’aiguille fait tout de même assez mal, voilà que sur mon pied, une petite tortue s’était mariée à un lézard. « Un petit bisou tout de même ? » me lance le tatoueur ! Ah non, la lutte des classes ne se fera pas par la soumission [31] des femmes ! Allez, je ne suis pas pimbêche [32], je lui ai fait une bise sur la joue et je me suis sauvée [33]. »

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baigneuse de CourbetDans mes préparations de cours, j’ai été amenée à faire un sujet sur la représentation du corps de la femme dans la peinture. Depuis la Grèce antique, le corps nu est très souvent représenté, il est beau, idéalisé, les courbes [34] sont douces. La Renaissance continue dans cet esthétisme. Il faudra attendre le XIXe siècle pour que des peintres comme Courbet refusent l’héritage antique. Les corps sont réalistes, les défauts visibles. Le tableau de Gustave Courbet, « La Source », montre une femme de dos, et ses cuisses ne sont plus lisses, mais dévoilent ses défauts : la cellulite [35], bref l’ennemie de toute femme réelle. Nous ne sommes pas toutes des Vénus de Botticelli ou du Titien et si nous l’avons été à 15 ans, nous ressemblons bien à l’ « Olympia » de Manet ou à la baigneuse [36] de Courbet. Et plus nous vieillissons, plus nous ressemblerons aux « Demoiselles d’Avignon » de la peinture cubiste de Picasso. Bref, avec Courbet, le corps se dévoile, se déshabille de sa perfection pour offrir aux spectateurs, un corps brut, nu, donc scandaleux. L’ « Olympia » de Manet a d’ailleurs été refusé au Salon des refusés, salon qui accueille les œuvres rejetées [37] par le salon officiel qui s’est tenu pour la première fois à Paris en 1863. Exposé deux ans plus tard au Salon officiel, il fait immédiatement scandale ! Et aujourd’hui, des nus, on en voit partout, les femmes se déshabillent sur les abris d’autobus, sur les bus, les murs des immeubles pour vendre une voiture, des sous-vêtements… Or, ces nus ne font plus scandale, peut-être parce qu’ils sont parfaits. Oh, mais ces corps-là ne sont pas plus réels que ne l’étaient ceux des Vénus de l’Antiquité ou de la Renaissance, car, aujourd’hui, il y a Photoshop ! Ce logiciel informatique, qui affine les silhouettes, efface des nez trop épais, des rougeurs et des rides …
Picasso avait raison : « les ordinateurs ne servent à rien, ils n’apportent que des solutions » : habiller les femmes de perfection, pour en faire des objets sexuels sans que cela ne choque personne.

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Voilà, c’est tout pour aujourd’hui, on se retrouve si tout va bien dans deux semaines, sur www.podclub.ch ou sur notre App et nous parlerons de l’automne et d’ici-là pour contrôler votre lexique n’oubliez pas notre fonction vocabulaire. En attendant, couvrez-vous et à bientôt.


[1] le soin : du verbe soigner, quand on est malade on se soigne
[2] effarant : incroyable, effrayant
[3] faute de : par manque de, quand il n’y a pas assez de
[4] surnommer : donner le nom de, nommer quelqu’un par un surnom, un autre nom
[5] (le) visionnaire : quelqu’un qui a l’intuition de l’avenir
[6] (le) manque de : quand il n’y a pas assez de quelque chose
[7] (la) crainte de : la peur de
[8] (la) erreur : la faute
[9] (le) délai : la durée de temps qui sépare deux instants, ici le moment de ma prise de rendez-vous et le moment du rendez-vous
[10] (le) ophtalmologue : le médecin pour les yeux
[11] dépenser : l’argent qu’on dépense, qu’on utilise, qu’on emploie pour un achat, payer un service
[12] (la) caisse : là où se trouve l’argent, ici je parle de la caisse de l’Etat, comprenez que je parle de l’argent que possède l’Etat, cette caisse se vide, comprenez que l’Etat a de moins ne moins d’argent
[13] (le) remboursement : du verbe rembourser, rendre l’argent, si par exemple, vous payez un médecin 50 euros, selon votre assurance, l’assurance vous rembourse 70% de cette somme
[14] (la) parenthèse : (..) on fait une parenthèse quand on parle de B alors qu’on est en train de parler de A
[15] compenser : équilibrer un effet par un autre, ici obtenir un remboursement à 100%
[16] vivre sur le dos de : vivre aux frais de quelqu’un, en prenant le bien de quelqu’un
[17] indélébile : qui ne s’efface pas, qui ne s’enlève pas
[18] enflé(e) : du verbe enfler, qui grossit, devient plus gros suite à une infection
[19] faire envie : vouloir faire ou avoir la même chose, ici le piercing ne faisait pas envie à Clara, c’est-à-dire que Clara n’avait pas envie de se faire faire elle aussi un piercing, elle n’en voulait pas
[20] (l(a)) aiguille : la pointe avec laquelle le tatoueur met de l’encre dans la peau
[21] se lasser de : se fatiguer de, ne plus avoir l’enthousiasme
[22] (le) motif : le dessin, le croquis
[23] (la) longévité : le fait de vivre longtemps
[24] (la) vivacité : le fait d’être vif
[25] la lutte des classes : c’est une théorie qui explique les problèmes entre les classes sociales, chacune luttant pour sa situation économique et sociale, la lutte des classes est chez Marx un concept majeur de sa philosophie
[26] la grève : quand on arrête l’activité salariale, quand on ne travaille pas pour réclamer une chose
[27] le transporteur de fond : la personne qui transporte l’argent pour alimenter les banques automatiques par exemple
[28] tomber à l’eau : expression pour dire qu’un projet ne se faisait pas, ne se réalise pas, le projet de tatouage ne pouvait pas se faire comme il était prévu
[29] lancer : ici parler, dire
[30] échanger : donner quelque chose contre quelque chose d’autre
[31] (la) soumission : soumettre, mettre quelqu’un sous sa domination
[32] (la) pimbêche : la fille prétentieuse, qui se donne de grands airs
[33] se sauver : partir très vite
[34] (la) courbe : la ligne de contour, la forme du corps
[35] (la) cellulite : le cauchemar des femmes, quand la peau n’est plus lisse, mais capitonnée, à cause de la graisse
[36] (la) baigneuse : femme qui se baigne
[37] rejeter : ici, ne pas être accepté